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#GGR2018

Philippe Péché : "Il est inconcevable pour moi de poursuivre la course. l’affaire se termine ici. J’en pleure !"

samedi 25 août 2018Redaction SSS [Source RP]

Philippe Péché est arrivé ce midi au Cap en Afrique du Sud, un peu plus de quatorze jours après l’avarie de barre survenue sur son Rustler 36 alors qu’il occupait la 2e place de la Golden Globe Race. Au moment de l’avarie, le skipper de PRB rencontrait un vent fort d’environ 50 nœuds. Comme le règlement l’impose, il avait alors prévenu la direction de la course de son problème sans pour autant demander d’aide extérieure. Il avait également appelé via son téléphone satellite sa compagne puis des personnes (techniciens notamment) pour préparer son arrivée à Cape Town et anticiper la réparation. Malgré les conditions difficiles dans lesquelles il évoluait alors (vent fort de 45 à 50 nœuds), Philippe avait réussi à maitriser la situation et décidé de faire route vers Le Cap en Afrique du Sud pour faire escale.

Dès la rupture de sa barre, ses rêves de s’imposer sur ce tour du monde en solitaire, sans escale et sans moyen moderne de communication s’étaient envolés. Profondément déçu et désabusé de devoir quitter si brutalement la lutte qui l’opposait notamment à Jean-Luc Van Den Heede, Philippe a rapidement décidé qu’il ne poursuivrait pas son tour du monde après l’escale au Cap.

Joint par téléphone ce jour, il décrit sa déception de se retirer de la Golden Globe Race, un projet qu’il a préparé pendant trois années. Il revient aussi sur son début de course haletant, sur les appels passés à son compagne et pour organiser son arrivée au Cap. Il décrit les derniers jours de navigation vers Le Cap qu’il définit comme les plus difficiles de sa vie de coureur au large et tire les enseignements des 55 jours passés à la barre de son bateau.

Interview Philippe Péché :

Au sujet de l’avarie :

« J’avais fabriqué une barre de secours avec les équipes de PRB avant de partir mais j’avais utilisé une partie de cette barre, les tubes en inox, pour réparer une première fois mon régulateur d’allure. Puis, deux jours avant l’avarie de barre, j’avais dû effectuer une deuxième réparation sur mon régulateur cette fois avec d’autres matériaux. Le tout était très branlant. Pour être honnête, ça semblait très compliqué d’aller dans le sud comme cela.

Puis la barre a cassé. Il y a une rupture sur un endroit où s’arrêtait une soudure et débutait un renfort. Ça s’est ouvert comme une boite de conserve ! A aucun moment avant que cela n’arrive, je n’avais mis en doute la barre. Cette avarie m’a miné ! Je n’ai jamais pensé que ma course pourrait s’arrêter comme cela. Quand j’ai su que l’organisation me déclassait en Chichester pour l’appel à mon compagne, j’étais évidemment en désaccord. Pour moi, j’étais dans une situation d’urgence et dans ce cadre, j’avais compris que les appels étaient autorisés. Après avoir étudié toutes les possibilités, je me suis dit que j’étais contraint de faire escale. A partir de là, de toute façon, pour moi c’était clair, je ne voulais pas continuer. J’ai donc utilisé mon téléphone satellite pour organiser mon arrivée au Cap. Je passais tellement d’heures à la barre, je n’avais pas d’autres choix. C’était impossible d’utiliser la BLU. »

Au sujet de sa course :

« J’étais très satisfait de mon début de course. Je pense avoir bien navigué sans faire trop d’erreurs stratégiques. J’étais fier d’être à la bagarre et de pousser le bateau. C’était excitant et c’est ce que j’aime faire sur un bateau. J’ai pris beaucoup de plaisir. »

Au sujet des 15 derniers jours de navigation pour aller jusqu’au Cap :

« Je n’ai pas envie, jamais, de revivre ces 15 derniers jours ! C’était très dur. J’étais à la barre et au réglage constamment, environ 15 à 18 heures par jour. C’était totalement usant. J’ai réussi à fabriquer un petit manche d’environ un mètre de long. Mais ce n’était pas très fiable. Il fallait faire attention à bien équilibrer le bateau pour ne pas trop tirer sur la barre. J’ai quand même réussi à faire la route et j’ai été très bien accueilli au Cap. Les personnes du Yacht Club ont été extraordinaires et sont venus, avec l’équivalent de la SNSM, m’accueillir pour me guider jusqu’au port. On ne voyait rien. Il y avait 40 nœuds et beaucoup de mer à l’approche de la terre. »

Au sujet de la solitude :

« Tant que j’étais en course, la solitude ne m’a pas trop pesé. J’étais finalement super pris par mon rythme. Je n’ai pas eu le temps de penser aux gens que je laissais derrière moi, pas eu le temps de m’ennuyer. Il y a quand même beaucoup de boulot, notamment pour assurer la navigation et les réglages. Tu t’imposes rapidement un rythme. Et à bord, ça fonctionnait plutôt bien. Je crois que j’étais bien installé dans la course, en confiance dès la première nuit alors que je pensais mettre trois jours au moins. »

Au sujet des enseignements tirés de ces 55 jours de course sur la Golden Globe Race :

« J’ai compris une chose rapidement… Les anciens, ceux de la première édition, ne poussaient pas leurs bateaux. Quand ils avaient envie d’affaler, ils affalaient. Alors que là, avec Jean-Luc Van Den Heede (VDH) et Mark Slats notamment, nous étions vraiment en course. Nous poussions nos bateaux. Je n’ai jamais été sous-toilé. C’est aussi probablement la raison pour laquelle j’ai abîmé mon matériel prématurément. Une partie de notre matériel, par exemple les régulateurs d’allure, n’est pas faite pour cette utilisation. Et probablement qu’une de mes erreurs est de ne pas avoir embarqué plus de matériel pour réparer. J’aurais dû emmener tout et n’importe quoi… Ça m’aurait toujours servi. »

Au sujet de l’abandon :

« Il est inconcevable pour moi de poursuivre la course (Philippe pourrait intégrer la classe Carozzo qui rassemble les skippers ayant déjà fait au moins une escale, ndlr). Faire un tour du monde en « baba cool », ce n’est pas mon projet. Repartir du Cap deux semaines après VDH, ça ne m’amuse pas car je sais que je ne pourrais pas le battre. Pour moi, l’affaire se termine ici. C’est très dur car ça fait trois ans que je suis sur ce projet ! J’en pleure ! J’ai tout laissé en Australie pour ça. Ça s’arrête beaucoup trop vite. J’avais envisagé beaucoup de choses mais je n’ai jamais pensé que cette barre allait casser. En tout cas, chapeau aux gars qui vont finir car les bateaux ne sont pas faits pour cela. J’ai été un peu crédule par rapport à cela. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de faire avancer le bateau à son potentiel ! Pour préserver les bateaux, il faut marcher à 50% des polaires (sous-exploiter le potentiel du bateau, ndlr). On se parlait tous les jours avec VDH. Nous étions très proches pendant la course. Nous avions décidé de faire l’Océan indien ensemble, d’y aller doucement pour arriver ensemble en Tasmanie, de se mettre sur le même rythme. Je sais que mon abandon l’a attristé. Je lui souhaite bonne route ainsi qu’à l’ensemble des concurrents ! »


Voir en ligne : Info presse Team Gregal / www.gofundme.com/gregalggr



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