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#Mini650

Erwan le Mené : "mon objectif, c’est de faire aussi bien que cette année, avec la Mini Transat 2019"

dimanche 9 décembre 2018Redaction SSS [Source RP]

Après une Mini Transat qui s’était achevée au Sénégal suite à une rencontre avec un OFNI créant de graves dégâts sur son Proto #800 Rousseau Clôture, il a fallu à Erwan le Mené plusieurs semaines de mûres réflexions. Repartira ? Repartira pas ? Et c’est finalement avec toute la volonté et l’opiniâtreté qui le caractérisent, qu’Erwan le Mené a repris le chemin du circuit Mini 6.50 en 2018. Grand bien lui en a pris.

Victorieux aux côtés de Gwénolé Gahinet

Le début d’année a été un peu laborieux entre le rapatriement de son voilier, les réparations et la digestion d’un sentiment de trop peu dans une course où il faisait partie des favoris. Mais rien qui ne puisse entamer le moral d’acier de ce menhir des mers. Bien décidé à prendre sa revanche et à prouver que son proto au nez pointu est toujours d’actualité, il s’aligne au départ de la Plastimo Lorient Mini 6.50. Première course de l’année, première victoire aux côtés de Gwénolé Gahinet, skipper et vainqueur de nombreuses courses sur le #800 quelques années en arrière. De quoi reprendre une bonne dose de confiance et d’envie :

"Gwéno est un super performeur et barreur. Son cerveau tourne à 1000 à l’heure, il a trois idées à la minute et il propose tout le temps des choses pour aller plus vite. Avec lui, il y a beaucoup d’échanges et de partage autour de la performance du bateau. C’était rassurant de partir avec lui car il connaît le bateau, il est très au point tactiquement et il m’a permis de me reposer en ce début de saison où je n’avais pas encore repris les réflexes et les automatismes. Nous étions très satisfaits car nous avons été le premier bateau à battre le #865 depuis deux ans. Tout s’est joué sur la fin et comme Gwénolé ne lâche jamais rien, il m’a remis en tête qu’en voile, rien n’est jamais fini."

Un début de saison sous les meilleurs auspices

Deux semaines plus tard a lieu la Pornichet Select. Première course en solo de la saison, l’occasion idéale pour prendre le pouls de la classe, entre les vieux briscards et les rookies fraîchement débarqués. Erwan n’a qu’un objectif : mettre tout le monde d’accord d’entrée de jeu. C’est chose faite avec une belle victoire devant Jorg Riechers (#934) et François Jambou sur l’illustre #865 :

"Je me suis fait décroché par François et Jorg à la Teignouse mais je me suis rappelé de la course précédente et j’ai continué, le couteau entre les dents. En quelques heures, j’ai repris la tête de la flotte, c’est moi qui donnais le rythme. Nous avons passé 24h au contact avec François Jambou mais nous n’avons pas fait les mêmes choix stratégiques à Belle-Ile. J’étais sûr de mon coup et donc de remporter cette épreuve, j’ai donc lâché la pression à partir de ce moment-là. Je garde un formidable souvenir de la dernière journée au portant entre Groix et Pornichet, quel kiff !"

Et de 3 !

Suit la Mini en Mai, course qui tient une place particulière dans le cœur du Morbihannais, fidèle licencié de la Société Nautique de la Trinité-sur-Mer (SNT) :

"La Mini en Mai est ma course préférée. J’aime son format long, son parcours varié et parfois hostile. C’est la course "à la maison", le bateau est sur place, les copains sont là. Yves le Blevec, le directeur de course, gère admirablement bien, il nous considère comme des marins responsables, ce qui permet un jeu très ouvert."

Erwan ne lâche rien sur les 500 milles en solitaire et remporte la victoire avec une petite heure d’avance sur son concurrent direct, François Jambou.

"Cette épreuve faisait partie du Championnat de France 2018, je me suis dit "jamais deux sans trois". Je me suis carrément pris au jeu et j’ai commencé à bien me mettre la pression. C’est lors de cette course que j’ai senti François monter en puissance. Il a commencé à trouver les clés de son bateau et à utiliser ses points forts de mieux en mieux. Je n’ai rien voulu lâcher, j’étais en forme mais je me suis tout de même fait mal, les trente dernières heures sans dormir ont été difficiles. La Mini en Mai a été la course la plus dure de la saison même si c’était galvanisant d’être devant."

L’homme-orchestre

Le mois de juin sera intense et toujours fructueux pour ce maçon à la ville qui ne ménage pas sa peine :

"Je ne sais pas vraiment comment je fais. Le mois de juin, entre les convoyages, les courses, je suis à peine au boulot. Il faut être efficace pour avancer sur les chantiers, c’est un jonglage permanent. Le week-end avant les courses, je travaille pour pouvoir être à jour et partir l’esprit libéré. Mon travail, c’est ma préparation physique. J’ai plus de courbatures quand je reprends les chantiers après la voile que l’inverse !"

Erwan se hisse à la 2e place du Trophée Marie-Agnès Peron en solo et monte sur la troisième marche du podium du Mini Fastnet en double avec Renaud Mary.

"Comme en 2017, on avance dans la saison et je commence à être physiquement cramé, ce qui a un impact sur les deux courses. J’étais content de naviguer avec mon ami Renaud, il a beaucoup de feeling sur un bateau et il est exigeant. De mon côté, à cause de la fatigue, j’ai fait des erreurs qui nous ont coûté niveau vitesse. La victoire au Mini Fastnet était inaccessible mais le match pour la deuxième place a été intense. Ce podium a été arraché in extremis, dans la baie de Douarnenez nous étions encore à la quatrième place".

Champion de France de Course au Large 2018

Le bout du chemin est proche, le classement du Championnat de France de Course au Large en Solitaire se clôture sur les 2600 milles de la course majeure de la saison : Les Sables-Les Açores-Les Sables. Courue les années paires, la SAS est un vrai défi pour Erwan :

"J’ai envie d’y aller mais à cause de la fatigue, j’ai déjà hâte qu’elle soit finie. J’ai la Mini en Mai en tête, je fais attention au matériel et je garde les yeux grands ouverts".

Une première étape au goût un peu amer où François Jambou (#865 BFR Marée Haute) coupe la ligne avec 28h d’avance sur Erwan, puis une deuxième étape pendant laquelle Erwan risque le tout pour le tout :

"Je savais que le général était plié mais si je terminais devant François, j’étais Champion de France".

A l’arrivée, Erwan le Mené est titré et obtient la plus belle des récompenses avec sa fille et ses parents qui sont venus l’accueillir aux Sables d’Olonne :

"C’était une super surprise. Quand à un mille de l’arrivée j’ai vu ma fille sur un bateau venir m’accueillir, j’ai eu de gros frissons dans le dos. Dans ces moments-là, on oublie tout, la fatigue, les souffrances, tout devient facile. Le soutien de ma famille est très important, ça fait du bien de les sentir impliqués et j’espère qu’ils sont fiers de moi".

Des duos engagés

La suite est à l’image de la saison : du plaisir, des potes et la gagne. Erwan termine troisième de la Duo Concarneau Challenge BFR Marée Haute accompagné de Laurent Mermod qu’il croise régulièrement lors des événements des classes Open 7.50 et Mach 6.5 :

"Nous nous connaissons depuis longtemps mais c’était le première fois que nous naviguions ensemble. J’adore ces sportboats, ils sont ultra fun. Il y a un niveau incroyable dans les deux séries, je prend toujours beaucoup de plaisir dans ces régates au contact. Naviguer en équipage, ça me change ! Tu as juste ton rôle à tenir, pas tout à faire !".

Cerise sur le gâteau, il termine victorieux de la Chrono 6.50 fin septembre avec son ami de longue date Marc Engelbert :

"J’aime cette course car c’est un vrai moment de partage. J’ai tout d’abord navigué avec Damien Cloarec qui est un super barreur. Puis Marc Engelbert a pris le relais. Marc était mon voisin à Vannes il y a une quinzaine d’années et c’est avec lui que je regardais les annonces des Mini à vendre. C’est grâce à lui si je suis devenu Ministe, car nous avons fait ensemble le convoyage du Mini de Bruno Peyron et ce fut une véritable révélation".

Trêve hivernale

L’hiver est là mais Erwan ne souffle pas pour autant :

"Je suis ravi que les Challenges d’Automne et de Printemps de la SNT soient ouverts aux Mini 6.50. C’est un super format d’entraînement et tu te rends compte qu’il y a encore du boulot ! C’est très instructif de naviguer contre des bateaux en équipage, ça tire vers le haut. Nous sommes déjà huit et le nombre de bateaux va rapidement augmenter. Je suis sûr que les Challenges vont devenir un passage obligé pour tout Ministe qui se respecte dans les années à venir".

Le Proto #800 termine la saison sur une victoire au Challenge d’Automne et part pour un gros chantier d’hiver :

"J’ai passé deux saisons à réparer au fur et à mesure, le bateau a besoin maintenant d’un gros travail de fond. Il va passer deux mois à se faire une beauté pour être prêt et optimisé pour la saison 2019. En 2017, je partais la fleur au fusil, je sais aujourd’hui qu’il ne faut rien négliger. Le planning de l’année se met en place, je profite aussi de la trêve pour décompresser et bosser un peu ! Je suis en pleine discussion avec mes partenaires principaux qui sont un énorme soutien pour moi et qui savent que mon objectif, c’est de faire aussi bien que cette année, avec la Mini Transat 2019 en guise de bouquet final".



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